le cyberharcelement, c’est quoi?

Qu’est-ce que le cyberharcèlement ? Qu’est-ce qui différencie ce phénomène du harcèlement classique et d’autres incidents en ligne?

Définition du harcèlement

Le cyberharcèlement, comme son nom l’indique, est une forme de harcèlement. Le harcèlement de manière générale, peut se définir comme une succession d’agissements hostiles dont la répétition affaiblit psychologiquement la ‘victime’. Plus précisément, le harcèlement consiste en en une somme de comportements agressifs commis de manière répétitive et délibérée par un individu ou un groupe d’individus. Ce type de comportements se fait toujours à l’encontre d’une autre personne ou d’un autre groupe de personnes.

Le harcèlement peut être moral (insultes, menaces…) et/ou physique (coups, destruction de matériels…). On parle, entre autres, de harcèlement scolaire, de harcèlement sexiste (de rue notamment), de harcèlement au travail…

Définition du cyberharcèlement

Le cyberharcèlement ou « cyberbullying » est, de manière plus spécifique, une forme de violence en ligne. Il s’agit donc d’un harcèlement mais pour lequel les comportements agressif sont commis par le biais des différentes formes de communication électronique ou « Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication » (NTIC ; smartphones, ordinateurs, tablettes, consoles de jeux…).

Les types du cyberharcèlement

Le cyberharcèlement peut se présenter sous des formes diverses et variées. Par exemple envoyer répétitivement des messages d’insulte, diffuser des rumeurs infondées, pirater des comptes, publier une photo compromettante ou une vidéo humiliante, tenir des propos racistes et discriminants, insulter de manière très violente, créer un groupe de discussion ayant pour but de rabaisser et humilier une personne – ou un groupe de personnes – en particulier, etc.

Les caractéristiques communes

1. Les acteurs et/ou actrices (relation triangulaire)

Le (cyber-)harcèlement fait intervenir plusieurs acteurs et/ou actrices : les auteurs ou autrices (la personne ou le groupe de personnes qui harcèle(nt)) et les ‘victimes’ (la personne ou le groupe de personnes vers qui est tourné le comportement agressif). D’autre part, que ce soit dans le cadre d’une situation de harcèlement dit ‘classique’ ou dans le cadre d’un cyberharcèlement, les témoins ont un rôle prépondérant. En effet, ces dernier.ère.s peuvent soit, amplifier le phénomène en y participant activement ou en laissant faire soit, enrayer la situation de harcèlement en intervenant directement en faveur de la ‘victime’.

Le cyberharcèlement se différencie d’autres « risques et dérives d’internet »

2. Les critères d’un (cyber-)harcèlement

Le cyberharcèlement, tout comme le harcèlement, implique, selon la définition, une intention, une répétition ainsi que d’un rapport de force inégal entre le ou les harceleur(s) et le ou les harcelé(s).

Donc, pour qu’il y ait (cyber-)harcèlement, il faut que les auteurs et/ou autrices ait l’intention de blesser, de nuire l’autre. Il faut donc distinguer ce phénomène de la taquinerie en ligne où l’intention n’est pas de blesser l’autre.

Il est également nécessaire que le comportement agressif soit répété. Si l’on blesse ou nuit une fois à une personne, cela ne constitue pas un  (cyber-)harcèlement mais une attaque simple.

Enfin, il doit y avoir un certain rapport de force. La position de l’agresseur.euse sur la ‘victime’ doit être telle que cette dernière ne puisse pas se défendre facilement, voire pas du tout. Cela a pour conséquence que la ‘victime’ ne puisse pas mettre fin à une situation de harcèlement. Dans le cas d’une dispute, même en ligne, chaque partie avance des arguments pour défendre, autant que faire se peut, sa position ou son point de vue. Sur internet, la masse d’individus participants au cyberharcèlement est parfois telle qu’il est impossible de pouvoir y faire face.

Les différences

Bien que, comme nous l’avons vu, le cyberharcèlement obéit aux mêmes mécanismes que le harcèlement dit ‘classique’, celui-ci s’y différencie néanmoins sur plusieurs points.

En effet, du fait que le cyberharcèlement se produit sur des canaux numériques (réseaux sociaux, e-mails, messageries instantanées, sites internet, forums, blogs, jeux en ligne…) une taquinerie, une attaque simple ou une dispute peut vite se transformer en cyberharcèlement.
Il y a plusieurs raisons à cela et notamment du fait que les critères précédemment énoncés se trouvent quelque peu modifiés voire amplifiés sur Internet.  

Internet procure parfois un faux sentiment d’anonymat

Ce sentiment d’anonymat procure un sentiment de sécurité pour le harceleur notamment s’il utilise un faux compte ou un pseudonyme. A cet égard, Internet est considéré par certain.e.s comme un lieu de non-droit : nous pouvons y faire ce qu’on veut sans n’avoir jamais à subir les conséquences de nos actes.

Le fait que nous nous croyons anonyme sur internet peut désinhiber, débrider nos agissements. Nos paroles et nos comportements peuvent dès lors rapidement dépasser notre pensée.

  • Cet anonymat participe dans le renforcement du rapport de force qui existe entre l’agresseur.euse et sa victime dans le cas d’un cyberharcèlement. En effet, du point de vue de la ‘victime’, cet anonymat ne lui permet pas de savoir qui la harcèle… Elle n’a pas de visage à mettre sur son agresseur.euse. Cela la rend d’autant plus impuissante et l’empêche d’autant plus d’avoir la possibilité de mettre fin à cette situation.

La distance créée par l’écran provoque un manque d’empathie

Comme nous l’avons vu, il n’est pas possible pour la victime de mettre un visage sur son agresseur.euse si celui-ci utilise un faux compte ou un pseudonyme. Et même si nous connaissons la personne, il nous est difficile de connaître l’intention de la personne : a-t-elle fait cela pour rire, pour nuire ? Et cela peut même poser des problèmes pour la justice ! (par exemple)

C’est aussi le cas pour l’agresseur.euse : du fait que nous interagissons par écrans interposés, que nous n’ayons pas la personne en face de nous, nous ne voyons pas les réactions de notre interlocuteur.trice. De ce fait, nous ne pouvons pas faire preuve d’empathie.

  • Cette absence de communication non-verbale fait que nous nous ne rendons pas toujours compte des réels dommages que nous causons, de la gravité des conséquences de nos actions.
  • On parle d’effet « cockpit » lorsque l’empathie normalement présente dans les interactions sociales ‘physiques’ est ‘perdue’ quand nous utilisons les canaux de communication électronique. Cet effet cockpit fait que nous déshumanisons les personnes avec qui nous interagissons sur internet

Intention

Du fait de ce manque d’empathie, le critère d’intention dans le cas d’un cyberharcèlement est assez flou. En effet, un simple partage et même un ‘like’ peut, sans que nous en soyons conscients, nuire et/ou blesser la personne qui en reçoit la notification.

Instantanéité liée à internet

Comme nous l’avons vu, il est plus émotionnellement facile d’insulter sur internet que sortir oralement et de visu des insultes ou des méchancetés notamment du fait de la distance créée par les écrans. Mais il est également mécaniquement plus facile de cliquer sur le bouton « envoyer ». Par exemple, dans le cas d’un harcèlement scolaire qui se prolongerait sur internet, il est plus facile de cliquer sur le bouton « partager » plutôt que d’aller faire imprimer une photo compromettante pour la partager et/ou le placarder dans les couloirs de l’école par exemple. En cela, l’instantanéité que propose internet peut être négative si utilisé à mauvais escient.

Le caractère répétitif n’est pas du fait d’une seule et même personne mais bien de plusieurs. De ce fait, l’utilisation des réseaux sociaux et d’internet de manière générale, semblerait participer à l’amplification de ce phénomène qu’est le harcèlement.

En effet, notre like, notre commentaire ou notre partage ne constitue pas en soi un cyberharcèlement. Et puis, « Si d’autres le font, pourquoi pas moi ? » ; « De toute manière je ne suis pas le seul, je ne suis pas responsable ».  Cet effet, que l’on appelle « dilution des responsabilités », nous permet de justifier notre action (ou inaction) aux regards du comportement des autres personnes. Le problème étant justement que ces likes, partages et/ou commentaires se perdent dans un flot d’autres  likes, d’autres commentaires. Ces petits gestes, que nous croyons anodins, sont autant de goutes dans le vase déjà bien rempli qui constitue, du point de vue de la ‘victime’, une situation de cyberharcèlement.

Pérennité des contenues partagé sur internet

L’utilisation des canaux numériques rend, et ce, même pour l’auteur ou l’autrice, incontrôlable la portée de son comportement agressif.

En effet, lorsque nous postons/tweetons, par exemple, une vidéo compromettante celle-ci sera vue par beaucoup plus de monde que si nous l’avions montré à nos camarades de classes sur l’écran de notre smartphone. Les personnes visionnant la vidéo peuvent très bien partager à d’autres cette vidéo, voire même la télécharger et la poster sur d’autres sites ce qui élargira encore l’audience, le nombre de vue et ainsi de suite.

De plus, si le contenu est public ou s’il sort de la sphère privé à force de propagation, des inconnu.e.s peuvent également participer à ce harcèlement. Cela renforce le sentiment de persécution et d’impuissance de la victime du fait que celui.celle-ci aura « l’impression que le monde entier est contre lui ».

Il faut également garder à l’esprit que la personne ne peut pas être connectée lorsqu’une personne poste par exemple, une photo compromettante. De ce fait, il ne lui est pas possible de se défendre, de signaler ou supprimer cette photo tout de suite. Entre le moment où le message est posté et où la ‘victime’ peut réagir face à cette photo, il peut se passer plusieurs heures durant lesquelles beaucoup de personnes auront eu l’occasion premièrement, de voir la photo et deuxièmement de réagir (commentaires, likes…) à celle-ci. Enfin, la photo aura peut-être été relayée sur d’autres réseaux sociaux.

Au final, même si des remords et des regrets émergent chez la personne ayant partagé du contenu préjudiciable ou portant atteinte à la dignité de quelqu’un, « il est difficile, voire impossible, de faire disparaître une information ou une photo qui circule en ligne ». Il s’agit ici de la pérennité des contenues publier sur internet. En effet, même une photo de soi ou un post/tweet publié 10 ans auparavant peut être retrouvé et porter atteinte à notre e-réputation.

Omniprésence

On le sait, près de 95% des adolescent.e.s ont un smartphone et parmi ceux.celle-ci, 90% l’utilisent quotidiennement. Pour près de 40% d’entre eux.elles, c’est plus de 4 heures par jour qu’ils.elles l’utilisent. L’omniprésence de cet appareil dans notre vie quotidienne peut rendre le cyberharcèlement ultra-intrusif et n’offre aucun répit à la ‘victime’.

Maintenant que tu sais ce qu’est le (cyber-)harcèlement, lespages suivantes pourraient également t’inéteresser :

    MAJ 2022


    Quelles sont les conséquences du cyberharcèlement?

    Le cyberharcèlement est malheureusement un phénomène fréquent, exacerbé par le fait que les victimes et les témoins ont souvent tendance à se taire.
    Le rôle des spectateurs/témoins évoluant dans l’espace public d’internet contribue aussi à renforcer le sentiment d’oppression et les souffrances de la victime qui se sent ainsi exposée dans sa détresse devant le monde entier. Le rôle de ces spectateurs peut néanmoins être déterminant dans la persistance du phénomène ou dans la résolution de la problématique.

    La victime

    Pour la victime, le cyberharcèlement engendre un sentiment de détresse qui s’aggrave au fur et à mesure que le phénomène persiste.
    La souffrance morale est parfois difficile à saisir dans son intensité mais on sait que les conséquences les plus dramatiques peuvent pousser un jeune au suicide.
    Le cyberharcèlement conduit à plus d’introversion, à une perte de confiance en soi, à un décrochage scolaire, à un sentiment de frustration ou de dépression.

    Le harceleur

    Pour le harceleur, adopter ce type de comportements sur le long terme peut entraîner des troubles comportementaux à un âge ultérieur. Le harceleur va probablement développer l’idée que les rapports de force malsains sont normaux, que ses actes n’ont pas de réel impact, n’aura pas d’empathie car il ne voit pas les souffrances de sa victime. La dépersonnalisation va pousser le harceleur à se déresponsabiliser de ses actes virtuels.

    Maintenant que sais quelles sont les conséquences d’un (cyber-)harcèlement, les pages suivantes pourraient également t’intéresser :

    MAJ 2022


    Que faire en cas de cyberharcèlement?

    Que dit la loi et que faire en cas de cyberharcèlement ?

    Avant tout, en cas de cyberharcèlement, il faut essayer d’en parler autour de soi à une personne de confiance, à quelqu’un de sa famille ou à un professeur, le plus vite possible.

    Concrètement, si vous êtes victime, que faire ?

    • Modifiez rapidement vos paramètres de confidentialité et/ou vos mots de passe, en un mot protégez votre vie numérique !
    • Faites des captures d’écran de tout (l’application Cyber Help a été conçue a cet effet).
    • Essayez d’identifier le harceleur pour lui demander d’enlever le contenu inapproprié et éventuellement portez plainte contre lui. Dans certains cas, face aux messages insultants, il peut être utile de réagir rapidement, prenez conseil auprès d’un ami ou d’un adulte pour que ce soit le plus efficace possible.
    • Signalez le contenu malveillant, la plupart des sites proposent une option de signalement.
    • Parlez-en à une personne de confiance (ami.e.s, parents, proches, éducateur.trice.s, professeur.e.s…).
    • Si ce n’est pas suffisant, supprimez votre compte.

    Juridiquement, que puis-je faire ?

    S’il est vrai que la communication, la médiation et la résolution à l’amiable, des situations de harcèlement sont d’abord à privilégier, il se peut que de telles démarches soient trop difficiles à mettre en place ou ne donnent aucun résultat.

    Il est donc important de savoir qu’il existe des outils juridiques pour mettre fin aux situations de cyberharcèlement.

    Le droit à la tranquillité est, en effet, protégé par la loi et dès lors, le harcèlement classique (qui ne se déroule pas en ligne) est interdit par l’article 442bis du Code pénal.
    Par ailleurs, l’article 145, §3bis de la loi du 13 juin 2005 relative aux communications électroniques condamne l’usage abusif d’un moyen de communication électronique. Cependant, il n’est pas nécessaire que l’abus de communication électronique soit un comportement répétitif. Il suffit qu’il y ait une volonté d’importuner sa victime via un moyen de communication électronique (un sms, un mail, un message Facebook., un message Whatsapp…) et une interaction directe avec la victime.

    Le cyberharcèlement ne fait donc pas en soi l’objet d’une disposition pénale particulière mais, en fonction des circonstances, ces deux dispositions pourront être mises en œuvre pour faire cesser le cyberharcèlement.

    Le harcèlement, visé à l’article 442bis du Code pénal, est passible d’une peine de 15 jours à 2 ans d’emprisonnement et/ou d’une amende de 50 à 300€.

    Un mineur qui commet un ‘fait qualifié infraction’ ou un mineur en conflit avec la loi sera en principe soumis à des mesures protectionnelles. Plusieurs conditions doivent être remplies pour que cette disposition s’applique, il faut : un comportement répétitif, une atteinte grave à la tranquillité de la personne visée, un lien causal entre cette atteinte et le comportement répétitif et enfin, le harceleur savait ou devait savoir que son comportement porterait atteinte à la tranquillité d’autrui. Le harcèlement par voie électronique rentre donc souvent dans ce type de définition.

    Il est à préciser que pour les personnes qui harcèlent une personne dont la situation de vulnérabilité en raison de l’âge, d’un état de grossesse, d’une maladie, d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale leur était apparente ou connue, la peine est doublée.

    Notons enfin que selon l’article 442ter du Code Pénal, pour les personnes qui harcèlent sur base d’un critère protégé par les lois anti-discrimination (l’âge, la prétendue race, la nationalité, le sexe, l’orientation sexuelle, la conviction religieuse, l’état de santé, le handicap, etc.) la peine est également doublée.

    Porter plainte en quelques étapes

    • Si vous êtes mineur(e), vous devez être accompagné(e) d’une personne majeure.
    • Si vous êtes victime de cyberharcèlement et que vous n’êtes pas parvenu(e) à résoudre la situation à l’amiable, vous pouvez porter plainte. Dans ce cas, essayez de le faire le plus rapidement possible après les faits.
    • Rendez-vous dans n’importe quel commissariat, éventuellement avec une personne de confiance qui va vous aider dans votre démarche et emportez les preuves dont vous disposez: capture d’écran, messages malveillants…et votre carte d’identité.
    • Indiquez bien à l’accueillant que vous voulez déposer une plainte auprès d’un inspecteur de police.
    • Vous serez reçu(e) par un inspecteur de police qui rédigera un PV (un procès-verbal de votre déclaration).
    • Vous pouvez demander à vous déclarer « personne lésée ». Cela vous permettra d’être informé(e) de l’évolution de la procédure, de joindre tous les documents utiles à votre dossier, de pouvoir consulter le dossier. Ceci se fait via un formulaire que vous remettra la police lorsque vous déposez plainte.
    • Vous recevrez une attestation de dépôt de plainte.Plus d’informations sur le site http://www.victimes.cfwb.be

    MAJ 2022